Les amours de Zeus et Europa    


        Europa était une très belle princesse phénicienne, une libanaise à croquer.
        Un jour, du haut de l’Olympe, Zeus la vit et la désira, se changea en un majestueux taureau blanc, vint se prosterner devant elle et en ces mots l'invita:
        « Montez, belle princesse ; sur mon dos je vous emmène. Des taureaux je suis le roi, de mon cœur vous serez reine. »
        Europa trouva le taureau blanc si beau, ses yeux si brillants d'amour et sa voix si chaude qu'elle fut séduite et l'enfourcha. Il se mit alors à courir comme la foudre à travers les champs d'oliviers.
        Blanc d’écume, il arriva jusqu’à la mer et sauta dans l’eau où il y avait des rougets, des turbots, des langoustes et d’autres animaux. Quatre  dauphins vinrent se placer sous les pattes du taureau et les entraînèrent vers le large . Secondés par Éole et Neptune, par la houle et le vent, ils conduisirent vivement  Europa et Zeus jusqu’aux rivages de la Crète. Là, devant une plage où venaient se perdre les eaux claires d’une rivière bordée d’arbres gigantesques, ils les déposèrent et aussitôt repartirent vers le large. 
        Blanc de sel, le taureau remonta le long de la rivière pour s’arrêter sous un arbre au bord d’un bassin. Autour s’étendait une clairière à l’herbe douce qui s’arrêtait  sur les marches d’un palais taillé dans le marbre blanc de la colline.
         Le taureau s’agenouilla là pour que la jeune femme descende,  puis s’adressa à elle :   
           «  Voici le terme de notre course, belle princesse; dans ce palais reposez-vous. Mangez ces fruits, buvez ce vin, délassez vos membres  dans l’eau de ce bassin. Je dois vous laisser, princesse, jusqu’à demain, car il est temps que me change et reprenne visage humain. »
        Et le taureau disparut. Il monta sur la plus haute colline, puis sauta dans un nuage et commença à se changer. D’abord les sabots postérieurs devinrent des pieds d’homme, dans une odeur d'encens, de thym et de girofle, puis le taureau se dressa sur ses pattes  de derrière qui devinrent des jambes et des cuisses d’homme et il semblait un géant, puis le ventre et le dos du taureau devinrent un torse d’homme, puis les pattes avant devinrent des bras d’homme et les sabots des mains d’homme…
        Et alors le cri d’Europa transperça le nuage :
            Zeus, sauve-moi !
        Alors Zeus bondit de son nuage et courut en bas de la colline.
        Europa était là, nue dans le bassin, mains sur les yeux, encerclée par quatre crocodiles qui ouvraient la gueule pour la déchirer et la manger. Les féroces animaux étaient  quatre serviteurs que la jalouse Héra avait changé en crocodiles et envoyé dans le palais de Zeus pour qu’ils tuent la princesse et contrecarrent les désirs de son époux. L’un après l’autre, Zeus tua les quatre crocodiles de son éclair et leur coupa la tête.
        Alors Europa ouvrit les yeux et poussa un grand cri de surprise en voyant Zeus car il n’avait pas fini de se changer : si son corps était maintenant celui d’un homme, d’un bel homme grand et fort, sa tête était toujours celle d’un taureau, et aussi parce que le sexe de Zeus était grand et tendu bien haut. Alors Zeus lui dit :
           «  Pardonnez,  belle princesse,  ma  si piètre allure. Si chez les hommes je suis jusqu’au cou, du taureau j’ai encore la tête. A nouveau je dois vous laisser pour quitter de mon chef le monde des bêtes. »
        Alors Europa, le retenant,  prit dans sa main le grand sexe de Zeus, le serra doucement et dit :
            « Cela peut-il attendre, mon Dieu ? »
        Et Zeus répondit :
           «  Cela attendra, princesse. »
        Et ils attendirent longtemps car le pelage blanc du mufle du taureau était chaud et doux, car les yeux du taureau étaient amoureux, noirs, grands, brillants, ourlés de longs cils noirs comme ceux d’une femme, et que la langue du taureau,  longue et douce, faisait merveille. 
        Alors ils attendirent trois ans, et de leurs amours naquirent trois beaux enfants : Sarpédon, Minos, et Rhadamanthe.

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